L’idée de ce blog était en partie de décrire les postures du mois de Aix Yoga Center, le nouveau studio de yoga que j’ai ouvert avec Frédérique à Aix en Septembre dernier. “Ecrire les postures” est pour moi, je m’en rends compte, une chose difficile car elle me parait fausse. Une posture peut se décrire, sa forme, son alignement, ses actions mais comment en donner des bénéfices qui seraient universaux, fonctionneraient à chaque coup, seraient comme une sorte de guérison magique de diverses maux?
Dans mon expérience, les asanas n’ont pas cet effet “magique” qui leur est si souvent attribué. C’est bien plus l’attitude, telle qu’elle se manifeste dans notre ressenti, dans notre alignement et nos actions qui fait qu’on sort grandi, dynamisé, ressourcé d’une posture. Aborder une posture comme une simple forme, un simple geste physique, sera certainement un bon exercice de stretching mais ne sera pas un mouvement habité, une présence pleine, une expression de notre potentiel.
Cette magie qui réside dans le corps et que notre attitude nous aide à dévoiler, c’est le Tantra qui la révèle, quelque part entre le 8ème et 12ème siècle. Cette philosophie relativement récente (le yoga dit “classique” de Patanjali est bien plus vieux, il aurait émergé autour du 2ème siècle de notre ère), est une véritable révolution, le corps n’est plus perçu comme quelque chose à contrôler et transcender pour atteindre un au delà lointain et incertain, mais il est au contraire, l’instrument même qui nous dévoile notre bonté et ouverture fondamentale. Pratiquer une posture, c’est pour moi aborder son corps avec cette attitude tantrique, c’est entrer en conversation avec l’univers, sentir littéralement l’espace et le possible en soi et l’offrir au monde avec chit (conscience) et ananda (joie profonde).
Les principes d’alignement, tous ces ajustements bio-mécaniques si précis, sont au service de cet espace fondamental; placer le bassin dans trikonasana ouvre l’espace du haut du corps dans lequel le coeur brille avec douceur et aisance, ancrer les pieds dans la terre et tonifier les jambes dans trikonasana permet de soutenir cette expansion et d’asseoir cette confiance que nous sommes fait de possibles.
J’aime entrer dans trikonasana avec cette attitude d’espace prêt à éclore, commencer du sol, les quatre coins des pieds fermement ancrés dans la terre, les jambes solides et même légèrement pliées le temps de placer le bassin, les adducteurs engagés pour permettre aux ischions de reculer et s’éloigner l’un de l’autre, créant ainsi littéralement de l’espace dans le bas du dos; puis les jambes se tendent tout comme le coccyx rentre vers le sol, la tête du fémur de la jambe arrière s’aligne avec l’ischion de la jambe avant, mula bandha se met en place de lui même, la colonne s’étend alors, l’énergie de déployant du bassin dans toutes directions avec ce désir profond de rayonner de l’intérieur vers l’extérieur. Et trikonasana devient alors l’expression même du possible qui pulse en nous.
Elise, Anusara Inspired Yoga, AYC.